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Joberoly
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Psychopathe


Posté le 13 décembre 2022 à 21:01 | Sujet : Projet Jénova
Pour tenter de faire revivre ce formidable projet, je propose de tenter d'écrire une petite fanfiction dont le personnage centrale serait Vincent bien sûr :


"Projet JENOVA" ou "Vincent" ou "un autre titre"


Dans son bureau, le chef des armées de la SHINRA avait du mal à tenir en place. Son teint devenait écarlate et sous l’impatience la colère, il céda en empoignant son téléphone et rappela pour la quatrième fois en moins de 10 minutes le secrétariat. La première sonnerie n’avait pas fini sa mélodie qu’une voix fluette se fit entendre :
« Shinra elec…
-Mais bordel que fout Valentine ? » Hurla le cadre au combiné.
« -Ho, monsieur Heidegger… Comme je vous l’ai dit, monsieur Valentine a reçu votre aimable invitation et il est dans l’ascenseur pour vous rejoindre. » Se lassa la jeune femme.
« -PETITE INSOLENTE ! »

"Toc, toc, toc", le son de la porte coupa le général qui raccrocha aussitôt.

« Entrez ! »

La porte du bureau s’ouvrit, un milicien en uniforme bleu eut à peine le temps de faire un pas pour annoncer l’arrivé du convié, qu’il reçu au visage un stylo lancé à pleine vitesse par le général colérique. Alors un jeune homme en costume noir entra à son tour en congédiant amicalement le milicien qui remit son casque en place et se mis au garde à vous devant son supérieur.

« Pas trop tôt Valentine, des heures que j’attends. » Grommela Heidegger.

Le jeune Turks ne releva pas. Il connaissait très bien les capacités d’exagération de son chef, de plus il fût informé de cette réunion imprévue que quelques dizaines de minutes plus tôt et accouru aussi vite que possible.
« Pas la peine de tenter la moindre explication avec cet homme bourru, ça le mettrait davantage en colère » pensa Vincent Valentine. Aussi le premier milicien à portée de l’impétueux chef subirait un courroux de phalanges. Ce que ne souhaitait pas non plus Vincent.

Le cadre SHINRA demanda à celui-ci de se mettre au repos puis reprit après s’être légèrement calmé :

« Bien Valentine, je dois reconnaître que vos méthodes d’infiltrations et d’espionnages s’avèrent payantes. Votre place parmi les Turks tend à se confirmer. »

Le regard du général semblait s’adoucir et Vincent se décontracta une fraction de seconde avant que Heidegger lui lança un nouveau regard brûlant de sévérité :

-"Néanmoins il reste quelques domaines sur lesquels vous évaluer comme les interrogatoires, étouffer des scandales…"

Vincent se crispa un peu plus même s’il connaissait très bien le rôle des Turks au sein de la SHINRA.

-"Le Kiddnapping, la torture..."

Les poings du jeune homme se fermèrent. Il se voyait relire sa fiche de poste mais l’entendre aussi durement lui fit vraiment prendre conscience que ce job allait éprouver son humanité.

-"Le meurtre ! "

Heidegger avait dans les yeux la profondeur d’abîmes infernales. Il semblait s’amuser.

-"Mais sans laisser de traces bien sûr. Bref passons au sujet de votre convocation ici."

Se raclant la gorge, il continua :

-"Les professeurs Gast, Hojo et Crescent on fait une découverte et doivent mener diverses études et recherches top secrètes", il prononça ces mots de manière agacée.
- "Le président n’a pas voulu m’en dire plus à ce sujet. Comme si que le général des armées devait être mis de côté, grrrr !"

Les poings du général s’abattirent avec puissance sur le bureau.

"Je m’égare… Votre tâche officielle : vous rendre avec eux à Nibelheim pour les escorter et les protéger eux et leurs recherches contre n’importe quelle menace. C’est de la plus haute importance pour la SHINRA d’après le président. Et votre tâche officieuse, enquêter pour moi et découvrir le but exact de ces recherches scientifique. Je compte sur vous Valentine, sinon votre carrière au sein de la compagnie prendra un tournant déplaisant alors que vous y avez de l’avenir."

Une étincelle malicieuse brilla dans l’iris des yeux d’Heidegger, général des armées, directeur de la sûreté publique de la compagnie SHINRA :

« GYAHAHAHAHA ! » Pouffa-t-il avec méchanceté.
"Ce que nous appelons progrès, c'est souvent la résolution des problèmes posés par ce qu'on a appelé progrès à l'épisode d'avant". Marc-André Selosse.
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Acro
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Administrateur


Posté le 15 décembre 2022 à 00:02 | Sujet : Projet Jénova
Sympa.

Tu comptes continuer quand ?

  Patch de retraduction de Final Fantasy VII, Néo-Midgar (inclus dans le pack SYW)

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Joberoly
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Psychopathe


Posté le 15 décembre 2022 à 07:14 | Sujet : Projet Jénova
Ce week-end je pense voir dès ce soir. Ça me change les idées. Je m'appuie sur ton résumé en première page si tu permet.

[Ce message a été édité par son auteur pour la dernière fois le 15 décembre 2022 à 07:15]
"Ce que nous appelons progrès, c'est souvent la résolution des problèmes posés par ce qu'on a appelé progrès à l'épisode d'avant". Marc-André Selosse.
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Quid?
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Jeune Cloud


Posté le 15 décembre 2022 à 16:37 | Sujet : Projet Jénova
Juste comme ça, pour ton inspiration, je me demande si c'est trés cohérent que Heidegger soit déja si haut gradé 30 ans avant FF7.

La shinra et son président existent mais elle n'a pas encore l'influence et le monopole sur le monde qu'on lui voit ensuite, à priori c'est une entreprise privée de production d'armes parmi d'autres à cette époque.

Un jeune Heidegger serait peut être mieux dans l'ombre d'un prédécésseur, voir en pleine compétition pour grimper les échelons (Ce ne peut être qu'une allusion au personnage ici et là puisque ce n'est pas lui ton personnage central), et la shinra définitivement plus intéréssante dans sa phase de développement face à ses concurents, ainsi que devant composer avec un gouvernement et ses lois qui existent encore.
Voilà, si tu as envie d'y penser quand tu écris.

[Ce message a été édité par son auteur pour la dernière fois le 15 décembre 2022 à 16:41]
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Joberoly
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Psychopathe


Posté le 15 décembre 2022 à 17:29 | Sujet : Projet Jénova
Quid? a dit :
Juste comme ça, pour ton inspiration, je me demande si c'est trés cohérent que Heidegger soit déja si haut gradé 30 ans avant FF7.

La shinra et son président existent mais elle n'a pas encore l'influence et le monopole sur le monde qu'on lui voit ensuite, à priori c'est une entreprise privée de production d'armes parmi d'autres à cette époque.

Un jeune Heidegger serait peut être mieux dans l'ombre d'un prédécésseur, voir en pleine compétition pour grimper les échelons (Ce ne peut être qu'une allusion au personnage ici et là puisque ce n'est pas lui ton personnage central), et la shinra définitivement plus intéréssante dans sa phase de développement face à ses concurents, ainsi que devant composer avec un gouvernement et ses lois qui existent encore.
Voilà, si tu as envie d'y penser quand tu écris.


C'est pas idiot mais je compte écrire une petite nouvelle pas trop longue et Heidegger sera très peu présent dans l'intrigue. Donc je me suis dit qu'il fait partie de l'équipe de "base" de la Shinra et quand je parle de son bureau, on est pas dans la tour Shinra, j'imagine une entreprise de quelques centaines de salariés pas plus mais je ne développerai pas trop cet aspect non plus sans spoiler la suite.
Mais c'est vrai que j'ai fort insisté sur ses titres à la fin, je vais minimiser.

[Ce message a été édité par son auteur pour la dernière fois le 15 décembre 2022 à 17:36]
"Ce que nous appelons progrès, c'est souvent la résolution des problèmes posés par ce qu'on a appelé progrès à l'épisode d'avant". Marc-André Selosse.
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Joberoly
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Psychopathe


Posté le 13 juin 2026 à 01:14 | Sujet : Projet Jénova
Et salut Bon c'était un long week end j'avoue

Mais voilà, avec l'annonce de Révélation j'ai voulu finir ce petit projet et je vous en fait part :

Le projet Jénova


I. Le Cratère nord

Le vent du nord ne ressemblait à aucun autre.

Vincent Valentine l'avait appris dès le premier jour de l'expédition : là-haut, au-delà des derniers avant-postes de la Shinra, là où les cartes devenaient floues et les boussoles capricieuses, le vent n'était pas simplement froid. Il était hostile. Il s'insinuait sous les cols relevés, cherchait les interstices entre les coutures, mordait les joues et les poignets avec une patience méthodique, comme s'il voulait savoir ce que les hommes avaient dans le sang avant de décider s'il les laisserait repartir.

Vincent marchait en queue de colonne, comme toujours. C'était sa place. Derrière tout le monde, là où aucun danger ne pouvait surgir sans qu'il le voie venir.

Devant lui, le Professeur Gast Faremis avançait avec une énergie que Vincent trouvait presque indécente pour un homme de sa condition. Cinquante ans, peut-être un peu moins, une barbe grise mal entretenue, des lunettes sans cesse embués par son souffle court. Et pourtant il marchait comme si le sol gelé lui appartenait. Comme si chaque pas était une question à laquelle la Planète allait bientôt répondre. Les deux assistants qui l'accompagnaient, de jeunes géologues fraîchement sortis du département de recherche de Midgar, peinaient à le suivre.
Vincent, lui, suivait sans effort. Mais il n'était pas là pour admirer le paysage.
Sa mission était simple : protéger le Professeur Gast et la confidentialité de ses travaux. Le Président Shinra avait été lapidaire lors du briefing, trois semaines plus tôt. Vous ne savez pas ce qu'il cherche. Vous ne posez pas de questions et vous vous assurez qu'il revient en vie. Vincent avait hoché la tête. C'était son métier.
Ce que le Président n'avait pas précisé, c'est qu'escorter Gast Faremis signifiait écouter, pendant des heures de marche dans le blizzard, un homme disserter à voix haute sur les Anciens, sur les civilisations perdues, sur la possibilité que la vie sur la Planète ait une origine extraterrestre. Les deux assistants opinaient poliment. Vincent gardait les yeux sur l'horizon.
— Valentine !
Il releva la tête. Gast s'était arrêté au bord d'une déclivité et lui faisait signe.
Vincent remonta la colonne en quelques foulées. La déclivité s'ouvrait sur une crevasse large d'une vingtaine de mètres, dont le fond disparaissait dans une obscurité bleutée. Les parois étaient lisses, presque vitrifiées, comme si quelque chose d'immense avait fondu la roche avant de la laisser se resolidifier. Des cristaux de glace noire s'accrochaient aux rebords, diffractant la faible lumière du soleil en prismes sombres.
— Regardez ça, dit Gast d'une voix à peine audible.
Il n'y avait rien à regarder, aux yeux de Vincent. Une crevasse. Un trou dans la glace.
— C'est ici que les relevés magnétiques ont convergé, continua Gast en sortant ses instruments de mesure. Il y a quelque chose, en bas. Quelque chose qui perturbe le champ de la Planète depuis... depuis des millénaires, à mon estimation. Vous vous rendez compte ?
Vincent se rendit compte, surtout, que descendre là-dedans allait être un problème logistique.
Ils campèrent au bord du cratère cette nuit-là. Le vent s'était un peu calmé, et le ciel du Nord offrit quelques heures un spectacle que Vincent n'avait jamais vu depuis les rues de Midgar : des milliers d'étoiles, froides et nettes, découpées dans le noir comme des éclats de verre. Gast les contempla longtemps, assis à l'entrée de sa tente, ses instruments posés près de lui.
— Vous croyez à la vie extraterrestre, Valentine ?
Vincent ne répondit pas immédiatement. Ce n'était pas une question qu'on lui posait souvent dans le cadre de ses fonctions.
— Ce n'est pas mon domaine, Professeur.
— Non, évidemment. — Gast sourit légèrement. — Mais vous avez une opinion, j'imagine. Tout le monde en a une.
Vincent regarda le ciel un moment. Les étoiles ne lui disaient rien de particulier. Elles étaient là. Elles avaient toujours été là. Elles seraient là après lui.
— Je pense que la Planète a suffisamment de mystères sans qu'on en cherche d'autres, dit-il enfin.
Gast rit doucement. — C'est une réponse honnête. — Il ramassa ses instruments. — Dormez bien, Valentine. Demain, nous descendons.

La descente prit toute la matinée.
Ils utilisèrent les cordes et le matériel d'escalade que l'expédition transportait depuis Midgar — prévu, apparemment, par Gast lui-même, qui avait fait ses demandes d'équipement plusieurs semaines avant de recevoir les données de relevé. Il savait qu'il y aurait quelque chose, pensa Vincent en s'assurant que ses propres mouvements ne perturbaient pas la progression du Professeur. Ou du moins, il espérait.
Les parois de la crevasse, de près, étaient encore plus étranges. La roche avait effectivement fondu, mais de manière asymétrique — comme si l'impact venait d'en haut, ou peut-être du fond, et avait propagé sa chaleur en spirale. Vincent effleura la surface du bout des doigts à travers son gant. Elle était lisse comme du métal poli.
Au fond, la lumière changeait.
Ce n'était pas simplement l'obscurité du sous-sol. C'était une lumière à part entière, bleutée et froide, qui semblait émaner de la glace elle-même. Vincent posa le pied sur le sol du cratère et s'immobilisa.
La chose était là.
Il l'avait vue avant même que Gast ne s'exclame, avant même que les assistants ne reculent d'un pas instinctif. Enchâssée dans la paroi de glace du fond, à moitié submergée dans un bloc translucide que les millénaires avaient rendu presque opaque, il y avait une forme. Une silhouette. Humanoïde dans ses grandes lignes, mais d'une taille qui n'avait rien d'humain. Des tentacules — ou ce qui y ressemblait — serpentaient depuis son flanc et disparaissaient dans la roche. Sa tête, penchée légèrement de côté, semblait regarder.
Vincent posa la main sur son arme.
Gast s'approcha de la paroi et posa sa paume à plat sur la glace, à quelques centimètres de la chose.
— Extraordinaire, murmura-t-il. Absolument extraordinaire.
— Professeur. — La voix de Vincent était calme, mais ferme. — Je vous demanderais de reculer.
— Elle n'est plus dangereuse, Valentine. Elle est prisonnière de cette glace depuis... — Il consulta rapidement ses instruments. — Je ne peux même pas l'estimer. Des siècles, des millénaires, peut-être ?
— Ce n'est pas ce que j'ai demandé.
Gast se retourna, et Vincent vit sur son visage quelque chose qu'il n'avait pas encore vu chez cet homme pourtant enthousiaste : de l'émerveillement pur, sans mélange, comme un enfant devant une chose qu'il n'a pas de mots pour nommer.
— Vous ne comprenez pas, dit Gast doucement. C'est un Ancien. Je suis certain que c'est un Ancien. Nous tenons ici la preuve que les Cétra ont réellement existé. Que leur civilisation n'était pas un mythe, pas une métaphore, pas une interprétation poétique des textes fondateurs. Ils étaient là. Et l'un d'entre eux est là, encore.
Vincent regarda la forme dans la glace. Elle était immobile, bien entendu. Elle était morte depuis des éternités. Et pourtant quelque chose dans sa posture — cette légère inclinaison de la tête — lui donnait l'impression d'être observé.
Il ne recula pas. Mais il ne lâcha pas son arme non plus.



II. Midgar

Le rapport de Gast atterrit sur le bureau du Président Shinra trois semaines après le retour de l'expédition.
Vincent ne lut pas le rapport. Ce n'était pas son rôle. Mais il assista à la réunion qui s'ensuivit, debout dans un coin de la grande salle de conférence, les mains dans le dos, attentif.
Gast présenta ses conclusions avec la précision d'un homme qui a passé vingt ans à convaincre des comités de financement : la découverte au Cratère du Nord, la nature du spécimen — un être humanoïde, à l'anatomie radicalement différente de tout ce que la science connaissait, préservé dans la glace depuis une période indéterminée —, les lectures magnétiques qui suggéraient une interaction avec le flux d'énergie vitale de la Planète même dans cet état de préservation. Et sa conclusion : l'être découvert était, selon toute probabilité, un Ancien, un membre de la civilisation Cétra dont les textes anciens faisaient mention.
Il y avait deux autres personnes autour de la table que Vincent ne connaissait pas encore.
Le premier était un homme d'une quarantaine d'années, grand, les cheveux noirs coiffés en arrière avec une méticulosité qui forçait le respect ou l'antipathie selon les tempéraments. Il écoutait le rapport de Gast avec l'expression de quelqu'un qui calcule en permanence, qui transforme chaque information reçue en variable pour une équation dont lui seul connaît les termes. Le Professeur Hojo, responsable du département de Sciences de la Vie à la Shinra. Vincent l'avait croisé dans les couloirs à deux ou trois reprises sans jamais lui avoir adressé la parole.
La seconde était une femme.
Vincent ne s'y attarda pas. Il ne s'y attardait jamais, dans le cadre professionnel. Mais quelque chose dans sa façon d'écouter — avec une attention qui n'avait rien de la politesse de façade qu'affichaient la plupart des gens en réunion — le retint malgré lui. Elle prenait des notes, beaucoup de notes, et elle posait des questions précises, des questions qui trahissaient une familiarité intime avec les textes anciens et la biologie des espèces inconnues. Elle s'appelait Lucrécia Crescent. Chercheuse associée au laboratoire de Hojo. Doctorante en exobiologie.
— Nous allons devoir la rapatrier, dit le Président une fois le rapport terminé.
— C'est ce que je recommande, confirma Gast. Mais avec toutes les précautions nécessaires. Si ce spécimen est effectivement un Ancien, il représente une valeur scientifique inestimable. La moindre dégradation serait une perte irréparable.
— La valeur qui m'intéresse n'est pas uniquement scientifique, dit le Président. — Il avait cette façon de parler qui rendait toutes les nuances plates, comme s'il ramenait chaque concept à une ligne comptable. — Hojo ?
Hojo prit la parole pour la première fois. Sa voix était égale, presque ennuyée.
— Si ce que dit Faremis est exact, et si l'être retrouvé est effectivement un Cétra, ses cellules pourraient contenir des informations biologiques sans précédent. Les Anciens étaient, d'après les textes, capables d'une communion avec la Planète qui dépassait tout ce que nous connaissons. — Il marqua une pause. — Il serait intéressant d'étudier ce qui, dans leur biologie, permettait cette connexion. Et de déterminer si cette connexion est transmissible.
Un silence parcourut la salle.
— Transmissible, répéta le Président. À des êtres humains normaux ?
— C'est une hypothèse de travail, dit Hojo avec un geste de la main qui signifiait clairement que pour lui, ce n'était pas une hypothèse mais une conclusion. — Il serait prématuré de l'affirmer avant l'analyse. Mais oui. C'est la direction qui m'intéresse.
— Dans quel but ? Demanda Gast sceptique.
— Trouver des sources de Mako, lui répondit le Président, cette nouvelle forme d’énergie au rendement incomparable avec ce que nous connaissions. C’est votre ami au Canyon Cosmo qui nous a indiqué la première source exploitable dans la région de Nibel, vous vous rappelez ? D’ailleurs vous aurez pour mandat de lui ramener notre dernier matériel de pointe afin qu’il nous déniche de nouvelles sources. La Shinra doit se développer. J’ai de grands projets pour cette société dont l’influence rayonnera dans le monde entier.
Vincent regarda Gast. Le professeur avait légèrement froncé les sourcils — pas de désaccord, pas encore, plutôt la prudence de quelqu'un qui entend une porte s'ouvrir sur une pièce dont il ne connaît pas le contenu.
Lucrécia Crescent, elle, continuait à prendre des notes.

Les semaines qui suivirent furent occupées par la logistique du rapatriement. Vincent fut maintenu dans l'équipe de protection — Gast avait spécifiquement demandé qu'il reste affecté à lui — et il se retrouva à superviser les opérations de transport depuis le Cratère jusqu'aux laboratoires provisoires qui allaient être installés à Nibelheim.
C'est dans ce contexte, au détour d'un couloir, qu'il se trouva pour la première fois seul avec Lucrécia Crescent.
Elle sortait d'un laboratoire, les bras chargés de dossiers, et elle faillit ne pas le voir. Vincent s'écarta pour lui laisser le passage.
— Pardon, dit-elle en relevant la tête. — Un sourire bref, professionnel, le genre de sourire que les gens font quand ils ont l'esprit ailleurs. Puis elle s'arrêta. — Vous êtes Valentine, n'est-ce pas ? Le Turk qui était au Cratère.
— Oui.
— Gast m'a parlé de vous. Il dit que vous avez une présence rassurante dans les situations difficiles. — Elle semblait sincère, pas en train de flatter. — C'est un compliment rare, venant de lui.
Vincent ne sut pas quoi répondre à ça. Il se contenta d'incliner légèrement la tête.
— Ce que vous avez vu, là-bas, dit-elle en baissant un peu la voix, comme si elle pensait à voix haute plutôt qu'elle ne lui parlait. C'était impressionnant ? Effrayant ? Les deux ?
Il réfléchit honnêtement à la question.
— Les deux, dit-il.
Elle hocha la tête, comme si c'était exactement la réponse qu'elle attendait. — Moi aussi, je pense que ce sera les deux. — Elle resserra sa prise sur ses dossiers. — À bientôt, Valentine.
Elle disparut dans le couloir.
Vincent resta immobile une seconde de trop, la regardant s’éloigner, il ressentit une étrange sensation dans sa poitrine. Une émotion qu’il ne connaissait pas, puis reprit sa route.

III. Canyon Cosmo

Le convoi quitta Midgar par la route du Sud à l'aube, sous un ciel bas et uniforme qui promettait de la pluie avant midi.
Vincent était assis à l'avant du deuxième camion, côté passager, à regarder la ville s'effacer derrière les vitres. Midgar disparaissait vite quand on la quittait — cette ville connaissait une forte croissance depuis que la Shinra en avait pris le contrôle — tout ça fondait dans le gris de la distance avec une facilité déconcertante, comme si la ville n'avait jamais été là. Comme si elle n'était qu'une idée imposante qu'on abandonnait en la regardant ailleurs.
A l’arrière du camion, Gast discourait. Vincent l'entendait à travers la paroi fine qui séparait les cabines. Il parlait à Hojo et à Lucrécia de l'énergie Mako, de sa montée en puissance dans la politique industrielle de la Shinra, de la construction imminente du premier réacteur de grande envergure à Nibelheim.
— Vous vous rendez compte, disait-il, que ça fait vingt ans qu'on extrait des ressources de l'espace pour alimenter les villes. Vingt ans de missions, de satellites, de navettes. Et en l'espace de cinq ans, un gamin de trente ans dans un laboratoire de Junon a convaincu le Président que l'énergie de la Planète elle-même valait davantage. Que la mako pouvait remplacer tout ça.
— La rentabilité est indiscutable, dit Hojo.
— La rentabilité à court terme, rectifie Gast. Ce qui m'inquiète, c'est ce qu'on ne sait pas encore. La mako est l'énergie vitale de la Planète. Extraire cette énergie à grande échelle, c'est comme... — Il chercha sa métaphore. — C'est comme vider le sang de quelque chose de vivant pour faire tourner vos machines.
— C'est une métaphore très littéraire pour un scientifique.
— Et vous êtes très confortable dans votre certitude pour quelqu'un qui ne sait pas encore ce que la mako est réellement.
Un silence. Puis Lucrécia, prudemment : — Les deux points de vue ont leur légitimité, je crois.
Vincent cessa d'écouter. Il regardait défiler les plaines au sud de Midgar, les herbages plats, les ruisseaux qui brillaient par intermittence sous les nuages. Il pensa à l'étoile qu'il avait vue depuis le bord du cratère, seul dans le froid pendant que Gast dormait. Une seule, en particulier, plus brillante que les autres, presque bleue. Il s'était demandé, sans y croire vraiment, si quelqu'un regardait dans l'autre sens.
Il n'était pas du genre à ce genre de pensées. Il décida de ne plus y revenir.

Canyon Cosmo apparut en fin d'après-midi, au fond d'une gorge ocre que le soleil couchant transformait en braise.
— Nous y voilà, annonça Gast avec entrain.
— Oui mais ne nous attardons pas trop longtemps, rétorqua Hojo déjà agacé par cet arrêt.
Rien ne prend jamais longtemps avec les amis de Gast, pensa Vincent en descendant du camion et en posant le pied sur la terre rouge du Canyon. Et ça prend toujours plus longtemps que prévu.
L'homme qui attendait Gast à l'entrée du village n'était pas ce à quoi Vincent s'attendait, même s'il ne s'était pas attendu à grand-chose de particulier. Il était vieux — plus vieux que Gast, à vue d'œil —, avec une barbe blanche fournie, des yeux qui scrutaient avec une intensité presque comique, et une façon de flotter légèrement au-dessus du sol qui intrigua Vincent jusqu'au moment où il réalisa que l'homme portait un module d'apesanteur artisanal dans son manteau. Il le décollait du sol de quelques centimètres, juste assez pour glisser plutôt que marcher.
— Gast ! dit l'homme avec une chaleur qui semblait remplir toute la gorge. Tu as l'air d'un cadavre ambulant !
— Bugenhagen, tu n'as pas changé d'un poil. — Gast le serra dans ses bras avec une affection évidente. — Voici mon équipe. Et voici Valentine, qui veille sur nous.
Bugenhagen tourna vers Vincent un regard qui l'examina avec une curiosité bienveillante et absolument dépourvue de déférence.
— Un Turk, dit-il. Ho ho ho ! La Shinra m'envoie sa protection rapprochée. Je dois être plus important que je ne le croyais.
— Tu l’es ! Dit Gast en faisant signe aux assistants de commencer à décharger les caisses. — Ce matériel vient directement des laboratoires de la Shinra. Les télescopes, les capteurs de champ magnétique, les ordinateurs de calcul orbital. Tu auras de quoi t'occuper pour les dix prochaines années.
Bugenhagen contempla les caisses avec une expression qui oscillait entre la joie d'enfant et l'inquiétude du savant.
— Et en échange ?
— En échange, tu continues à chercher des sources de Mako, ton travail d’astronomie et tu me dis si tu trouves quelque chose. — Gast baissa la voix, mais Vincent, à deux mètres, entendit parfaitement. — Je suis convaincu que les Anciens viennent de là-haut. Pas de la Planète. De l'espace. Si nous comprenons d'où ils venaient, nous comprendrons ce qu'ils étaient. Et peut-être ce que nous sommes.
Bugenhagen hocha lentement la tête. Il n'avait pas l'air surpris de cette théorie — il avait l'air de quelqu'un à qui on confirme une intuition ancienne.
— La Planète et l'espace, dit-il. La science et le cosmos. Ce vieux canyon a toujours accueilli les deux, tu sais. Ho ho ho.
Vincent demeura légèrement en retrait pendant l'échange, observant les abords du village. Une créature rousse, vaguement canine, vaguement féline, passa à toute vitesse en bordure de la place — un enfant, peut-être, ou quelque chose d'analogue — et disparut dans une ruelle étroite sans se retourner. Vincent le suivit du regard jusqu'à ce qu'il soit hors de vue, puis revint à Gast.
Plus tard, dans la taverne du bord de la gorge, Gast s'attarda à boire un verre avec un homme au visage cramoisie que les habitués semblaient appeler Bugah. Gast lui parla avec la même attention qu'il aurait accordée à un collègue. Des Anciens, de leurs textes, de ce qu'on savait ou croyait savoir de leur civilisation.
Vincent attendit à la porte, les yeux sur la rue.
Il entendit les mots mais pas leur sens, ce soir-là. Il pensa aux caisses déchargées pour Bugenhagen. Il pensa à la conviction tranquille de Gast — cette certitude que les étoiles avaient quelque chose à dire, si on savait comment les écouter.
Il pensa, brièvement, à Lucrécia Crescent restée dans le camion avec Hojo, pendant que Gast rendait ses visites.
Il cessa d'y penser.

IV. Le Manoir de Nibelheim

Le Manoir Shinra était la chose la plus silencieuse que Vincent eût jamais gardée.
Ce n'était pas le silence des lieux vides — il y avait assez de monde dans ce bâtiment pour qu'il vive et bruisse de manière ordinaire. C'était le silence des secrets. Les murs épais l'absorbaient, l'accumulaient, le renvoyaient sous forme de quelque chose d'autre, quelque chose de plus dense. Comme si le manoir collectionnait les non-dits depuis sa construction et qu'ils avaient fini par avoir du poids.
Vincent avait choisi une chambre au premier étage, côté nord, avec une fenêtre qui donnait sur la montagne. Il dormait peu, et quand il dormait, il dormait léger.
Les premiers jours à Nibelheim furent consacrés à l'installation. Le spécimen avait été ramené du cratère nord et transporté dans ses blocs de glace jusqu'au sous-sol du manoir, où des unités de réfrigération maintiendraient la température. Gast et Hojo supervisèrent l'installation du laboratoire avec une efficacité qu'ils partagèrent en se parlant à peine — deux méthodes de travail, deux façons d'appréhender l'espace et les problèmes, qui produisaient le même résultat sans jamais vraiment se rencontrer.
Lucrécia, elle, s'installa dans la bibliothèque.
C'est là que Vincent la retrouva, le troisième soir, en faisant sa ronde habituelle. Elle avait allumé une lampe à huile et elle lisait, le dos droit, les jambes croisées, avec une concentration totale qui la rendait imperméable au bruit des pas dans le couloir. Vincent s'arrêta sur le seuil, hésita, et allait repartir quand elle leva la tête.
— Valentine. Entrez, s'il vous plaît.
Il entra. La bibliothèque sentait le vieux papier et la cire. Les rayonnages couraient du sol au plafond sur trois murs, couverts de volumes dont certains semblaient antérieurs à la Shinra elle-même.
— Vous ne dormez pas ? demanda-t-il.
— Rarement, la nuit. Je lis mieux le soir. — Elle posa son livre ouvert sur le bureau, face contre table. — Et vous, vous faites des rondes par habitude ou par conviction ?
— Les deux.
— Je vois. — Elle sourit légèrement. — Vous parlez peu, Valentine. Est-ce une décision ou un tempérament ?
— Je parle quand j'ai quelque chose à dire.
— Voilà une philosophie admirable. — Elle l'observa un moment. — Vous savez jouer d'un instrument ?
La question le prit tellement de court qu'il ne trouva pas immédiatement quoi répondre.
— Du piano, dit-il enfin. Un peu.
Elle hocha la tête comme si c'était parfaitement logique.
— Il y a un piano dans la grande salle du bas, dit-elle. Je l'ai vu en arrivant. Vous devriez jouer, un soir. Les maisons comme celle-ci ont besoin de musique. Sinon elles deviennent trop lourdes à elles-mêmes.
Vincent la regarda. Il y avait quelque chose, dans la façon dont elle disait certaines choses, qui donnait l'impression qu'elle avait réfléchi à tout ça longtemps avant de le formuler. Pas de la prétention. De la précision.
— Bonne nuit, Valentine, dit-elle en reprenant son livre.
Il repartit en ronde.


C'est une semaine plus tard qu'il joua du piano.
Il avait attendu une heure où le manoir était vraiment silencieux — après minuit, quand même Hojo avait éteint la lumière de son bureau. Il descendit dans la grande salle et s'assit devant l'instrument. Il n'avait pas joué depuis des années, depuis bien avant son affectation aux Turks, depuis une époque où il avait encore le sentiment que certaines choses méritaient d'être faites pour elles-mêmes et pas pour une raison particulière.
Il joua doucement. Un morceau qu'il avait appris enfant, dont il avait oublié le titre mais pas les notes — une mélodie en mineur, simple, avec quelques variations dans les aigus qui revenaient en boucle comme une question sans réponse.
Il entendit un bruit dans le couloir et s'arrêta.
Lucrécia était dans l'encadrement de la porte. Elle avait un châle sur les épaules et elle le regardait avec une expression qu'il ne sut pas lire exactement.
— Continuez, dit-elle.
— Je ne voulais pas vous réveiller.
— Vous ne m'avez pas réveillée. Je lisais encore. — Elle entra dans la salle et s'assit dans un fauteuil à distance respectueuse du piano. — Continuez, répéta-t-elle.
Il continua. Il joua ce morceau jusqu'au bout, puis un autre, puis un troisième, plus court, qui se terminait sur un accord suspendu qu'il n'avait jamais su résoudre.
Quand il s'arrêta, le silence revint, mais c'était un silence différent du silence habituel du manoir. Plus léger.
— C'était très beau, dit-elle.
— C'était de la pratique, dit-il. Je n'ai pas joué depuis longtemps.
— Ça s'entendait. — Et comme il levait les yeux, elle ajouta aussitôt : — Pas comme une critique. Comme une observation. Il y avait quelque chose de retenu dans votre façon de jouer. Comme si vous n'étiez pas sûr d'avoir le droit.
Vincent posa les mains sur ses genoux. Il regarda l'instrument un moment.
— Lucrécia...
Elle attendit.
Il n'avait pas prévu de dire quoi que ce soit. Il n'avait pas de plan, pas de stratégie, pas de calcul — toutes choses qu'il maîtrisait parfaitement dans son travail et qui l'abandonnèrent complètement, là, à une heure du matin, dans une grande salle froide d'un manoir de montagne, avec une mélodie encore dans les mains.
Il lui dit qu'il l'aimait. Pas ces mots exactement — il n'en était pas capable — mais quelque chose d'approchant, quelque chose de maladroit et d'irrémédiable, quelque chose qui ne pouvait pas être retiré une fois dit.
Le silence qui suivit fut long.
— Vincent, dit-elle doucement. — C'était la première fois qu'elle utilisait son prénom. — Je suis désolée. Je ne ressens pas la même chose. Et je suis avec quelqu'un.
Il avait su, en disant ce qu'il avait dit, que c'était probablement la réponse. Il n'en fut pas moins traversé par quelque chose de brutal, comme une main qui aurait pressé sur une blessure qu'il ignorait avoir.
— Je comprends, dit-il.
— Vincent...
Mais il était déjà debout. Et quelque chose dans la façon dont il se leva, dans la raideur de ses épaules, dans l'espace qu'il mit entre eux en deux pas — quelque chose dans tout ça dut lui faire peur, ou la surprendre, parce qu'elle se leva elle aussi brusquement et quitta la pièce presque en courant.
Il resta seul avec le piano.
Il aurait voulu se dire qu'il ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Mais il comprenait parfaitement. Il avait perdu quelque chose qu'il n'avait jamais eu, ce qui était peut-être la perte la plus absurde qui soit, et il était incapable de déterminer à quel moment il avait commencé à le vouloir.
Il remonta dans sa chambre sans faire sa ronde.

Le lendemain matin, Lucrécia traversa la cour en tenant le bras de Hojo. Elle ne regarda pas dans sa direction. Hojo non plus — il n'en avait aucune raison. Il avait une expression satisfaite, celle d'un homme qui revient d'une nuit réussie, et il parlait de protocoles d'analyse.
Vincent observa la scène depuis la fenêtre du premier étage.
Il ne ressentit rien de particulier. Ou du moins, c'est ce qu'il se dit.

V. Le Projet Jénova

Les semaines suivantes furent celles du travail pur — et, d'une certaine façon, Vincent leur fut reconnaissant de leur densité. Le spécimen, qui fût baptisé Jénova, avait été extrait de son bloc de glace. Les analyses avaient commencé. Gast dictait ses observations à voix haute dans un enregistreur et les retranscrivait ensuite dans une série de cahiers qu'il rangeait méticuleusement dans la bibliothèque.
La conclusion tomba lors d'une réunion de fin de journée, dans le laboratoire du sous-sol.
— Je suis maintenant certain, dit Gast avec une gravité tranquille, que le spécimen est un Ancien. Une Cétra. Les structures cellulaires, les marqueurs biologiques, les résonances que nous mesurons dans le champ de la Planète depuis que nous avons commencé à l'étudier — tout converge. Ce n'est plus une hypothèse.
Il y eut un silence. Puis Hojo, d'une voix presque douce :
— Alors nous pouvons commencer.
— Commencer quoi ? demanda Gast.
— Ce pour quoi nous sommes ici. — Hojo retira ses lunettes et les essuya avec un soin méthodique. — Si les cellules de ce spécimen contiennent le code biologique des Anciens — leur façon d'interagir avec la Planète, leurs capacités extraordinaires — alors ces cellules sont une ressource. Une ressource qui peut être utilisée. Transmise. Implantée.
— Dans des animaux, dit Gast prudemment.
— Dans des êtres humains, dit Hojo. À terme.
Le silence était différent maintenant.
Vincent, debout près de la porte, regarda Lucrécia. Elle ne disait rien. Elle prenait des notes, mais son stylo n'avançait plus.
— Nous avons reçu l'aval du Président pour le Projet Jénova, continua Hojo. L'objectif est clair : identifier ce qui, dans la biologie des Anciens, permet leur connexion avec la mako et déterminer si ce trait peut être conféré à des humains ordinaires. Cela commence par des injections de cellules. Des tests sur des organismes vivants.
— Des animaux d'abord, dit Gast. Absolument des animaux d'abord.
— Naturellement.

Les animaux ne résistèrent pas.
Vincent ne participait pas aux expériences — ce n'était pas son rôle — mais le sous-sol du manoir n'était pas grand, et les sons ne restaient pas derrière les portes. Les premiers cobayes — des rongeurs, des oiseaux, un singe importé de Junon — montrèrent des résultats rapides et horrifiants. Les mutations commençaient dans les heures qui suivaient les injections. Les organismes se déformaient, se réorganisaient selon une logique étrangère, et mouraient, presque toujours, dans des souffrances que Vincent entendait sans les voir.
Gast sortit du laboratoire un soir avec un visage que Vincent ne lui avait pas encore vu — quelque chose d'affaissé, comme si la structure portante de son enthousiasme avait cédé sous un poids qu'il n'avait pas anticipé.
— Ce n'est pas ainsi que les choses auraient dû se passer, dit-il à personne en particulier, dans le couloir.
Deux jours plus tard, Hojo convoqua tout le monde dans le laboratoire.
— Les animaux ne sont pas des vecteurs compatibles, dit-il d'un ton clinique. Leur biologie est trop différente. Les cellules de Jénova nécessitent une architecture organique plus complexe pour s'intégrer sans produire de rejet catastrophique. — Il marqua une pause. — Il nous faut un être humain.
— Absolument pas, dit Gast.
— Je ne vous demande pas votre permission, dit Hojo. Je vous expose une nécessité scientifique.
— Vous voulez injecter ces cellules dans un être humain sans savoir ce que ça produira. Vous avez vu ce que ça a fait aux cobayes.
— Ce que j'ai vu, dit Hojo avec une patience d'acier, c'est que les cobayes ne sont pas des humains. La conclusion logique est d'essayer sur un humain. — Il tourna vers Lucrécia. — Et j'ai une proposition.
Vincent n'eut le temps de rien faire.
Hojo parla d'une voix égale, sans affect, comme s'il présentait un protocole de routine : Lucrécia était enceinte. L'embryon était à un stade précoce de développement. Les cellules d'un embryon humain étaient, par définition, à leur stade le plus plastique, le plus adaptable. Si les cellules de Jénova allaient s'intégrer à une biologie humaine, c'était là, maintenant, avant que la différenciation cellulaire ne soit complète. L'enfant qui naîtrait de cette expérience serait, peut-être, quelque chose d'entièrement nouveau.
— Si ça échoue, dit Hojo, la responsabilité sera la mienne seule. Il s'agit de mon enfant. Et de ma femme.
Le mot femme fit l'effet d'un coup de poing dans la poitrine de Vincent. Pas parce qu'il ne le savait pas — il l'avait compris depuis des semaines — mais parce que Hojo le prononçait comme une propriété. Comme une variable dans une équation.
Lucrécia ne dit rien. Elle regardait la table. Ses mains étaient posées à plat sur ses genoux, complètement immobiles.
Et puis elle inclina la tête, et ce mouvement imperceptible valait consentement.
— Non, dit Vincent.
Tout le monde se retourna. Il n'avait pas prévu de parler.
— Valentine, dit Hojo avec l'ennui de quelqu'un qui chasse une mouche, vous n'avez pas voix au chapitre dans ce laboratoire.
— Ce que vous proposez n'est pas de la science. C'est une expérience sur un être humain qui ne peut pas consentir.
— L'embryon n'est pas encore un être humain au sens légal du terme.
— Je ne parle pas de l'embryon.
Le silence fut court et tranchant. Hojo le regarda par-dessus ses lunettes avec une expression qui signifiait clairement que cette conversation était terminée et qu'il était le seul à avoir décidé quand.
— Vous êtes un Turk, Valentine. Votre mission est la protection des personnes et des informations. Pas l'évaluation éthique des protocoles de recherche. Faremis, vous avez des objections concrètes à formuler ?
Gast avait l'air d'un homme qui voit quelque chose tomber et qui sait qu'il ne peut pas le rattraper.
— Je me réserve le droit de continuer mes analyses en parallèle, dit-il. Si les données contredisent vos hypothèses, j'en tirerai les conclusions qui s'imposent. Cependant je vais prendre quelques congés. Ce protocole dépasse mes valeurs.
— Naturellement, dit Hojo. Mais n’oubliez pas que nous sommes des scientifiques.
Vincent et Gast quittèrent le laboratoire.

Le Turk marcha longtemps dans les couloirs du manoir, sans but particulier, juste pour avoir quelque chose à faire de son corps pendant que sa tête cherchait quelque chose à quoi se raccrocher. Il finit par s'asseoir dans les escaliers du premier étage, dans l'obscurité, les coudes sur les genoux, et il resta là un bon moment.
Ce qu'il avait dit était inutile. Il le savait. Hojo ne l'avait pas écouté et ne l'écouterait pas. Gast ne pouvait rien faire — ou ne le voulait pas, ce qui revenait au même. Et Lucrécia avait choisi. Quelle que soit la nature exacte de ce choix, elle l'avait fait.
Il pensa à la forme dans la glace, au fond du cratère. À la légère inclinaison de sa tête, qui donnait l'impression d'observer.
Peut-être que ce n'était pas nous qui l'observions, pensa-t-il. Peut-être que c'était elle.
Il ne dormit pas cette nuit-là non plus.

VI. La Calamité

Gast revint de ses vacances accompagné d’une dame nommée Ifalna, comme on revient d'un endroit qu'on n'a pas envie de quitter.
Ce n'était pas tant ce qu'il dit — il ne dit pas grand-chose, au début — mais quelque chose dans sa façon de marcher, dans son regard. L'enthousiasme était toujours là, mais il avait changé de nature. Moins expansif. Plus hanté.
Vincent le vit descendre du transport à Nibelheim, avec cette femme aux cheveux bruns, et il comprit avant toute explication que quelque chose avait fondamentalement changé.
Il entendit leur conversation, plus tard, dans la bibliothèque — pas parce qu'il écoutait aux portes, mais parce que Gast parlait fort, d'une façon qu'il ne faisait que quand quelque chose le dépassait.
Cette femme, selon ses dire, était une Ancienne. La dernière.
Et ce que Gast avait trouvé au Cratère du Nord, Jénova, et que Hojo était en train d'injecter dans son fils à naître, ce n'était pas un Ancien.
C'était son contraire.
Vincent n'entendit pas tous les détails mais suffisamment. Les Cétra appelaient cette chose la Calamité des cieux. Elle était venue de l'espace, autrefois, et elle avait failli détruire toute vie sur la Planète. Les Anciens l'avaient arrêtée, emprisonnée, au prix de presque toute leur civilisation. Et elle était là, dans le sous-sol du manoir, disséquée par un savant fou aux ambitions expérimentales démesurées et allant contre la morale.
Gast descendit immédiatement voir Hojo.
Vincent l'accompagna.
Une longue conversation s’en suivit entre les deux scientifiques qui devint rapidement une dispute. Hojo avait traité Gast de traître à la science et d'homme aveuglé par un coup de foudre de vacances.
— Vous n'avez aucune preuve, dit Hojo. Vous avez la parole d'une femme qui prétend être une descendante des Anciens. Ce n'est pas de la rigueur scientifique.
— Elle est une descendante des Anciens, une Cetra. Elle n’avait pas connaissance des textes consigné par la Shinra et pourtant elle a su me rapporter aux mots près les us et coutumes de ses ancêtres.
— Les textes que vous interprétez. Selon votre méthode.
— Hojo, arrêtez les injections. Le temps de vérifier. Je vous demande.
— L'expérience est en cours. L'arrêter maintenant pourrait compromettre les résultats et mettre en danger la vie de Lucrécia.
C'était peut-être vrai. Peut-être pas. Hojo le dit avec une conviction qui n'avait rien de médical — une conviction de fou.
Gast quitta Nibelheim cette nuit-là, avec Ifalna. Il ne dit pas au revoir à Vincent. Il ne dit au revoir à personne. Il laissa derrière lui ses cahiers dans la bibliothèque, ses instruments dans le laboratoire, et le manoir garda tout ça comme il gardait tout le reste.
Avant de partir, il fit un dernier détour par Canyon Cosmo pour faire ses adieux a ses amis et choisit comme gardien du terrible secret qu’est Jénova, et de l’erreur qu’il a commise en la confiant à la Shinra, le poivrot nommé Bugha avant de partir sans laisser la moindre adresse.

VII. Ce qu'il reste
Lucrécia accoucha en hiver.
L'enfant était vivant. C'était, aux yeux de Hojo, un succès. Il l'appela Sephiroth — un nom qui n'appartenait à aucune tradition que Vincent connaissait, mais qui sonnait comme quelque chose que Hojo avait attendu longtemps de prononcer.
Vincent vit l'enfant une fois, dans les premières heures qui suivirent la naissance. Se rendant à l’auberge où s’était réfugié Lucrécia pour s’éloigner de l’ambiance oppressante du manoir pendant les derniers mois de la grossesse, il aperçu le nouveau-né dormant dans un berceau improvisé. Les traits de l'enfant n'étaient pas encore formés de façon définitive, mais ses cheveux étaient déjà d'un gris presque argenté qui n'appartenait à aucun des deux parents.
Quelque chose dans ce berceau, dans cet enfant silencieux, donna à Vincent une impression qu'il ne chercha pas à analyser. Une tristesse, peut-être. Mais aussi une aura puissante qui le fit frissonner. Cette enfant n’est pas normal, pas « humain », il eu le même ressentit que la première fois que ses yeux croisèrent ceux de Jénova.
Plusieurs semaines après la naissance, en descendant les escaliers de l’auberge où Vincent avait aussi migré pour prendre soin de Lucrécia, il la trouva effondrée dans le couloir du rez-de-chaussée de l'auberge, inconsciente, le teint cendré. Les injections, apparemment, avaient eu des effets retardés sur l'organisme maternel. Hojo fit appeler les assistants, les équipements, et s'affaira rapidement pour cacher la femme inconsciente des habitants.
Mais quelque chose se rompit, ce soir-là pour le Turk.
Peut-être était-ce la vue de Lucrécia sur le sol. Peut-être était-ce l'accumulation des semaines précédentes, le laboratoire, les cobayes, la voix de Hojo qui parlait de nécessités scientifiques, l'enfant aux cheveux d'argent, l'absence de Gast, le manoir et son silence épais.
Peut-être était-ce simplement qu'il avait attendu trop longtemps.
Il descendit au sous-sol. Hojo était seul dans le laboratoire, quelques heures plus tard, quand Lucrécia avait été stabilisée et que les assistants avaient été renvoyés pour la nuit.
— Elle ne devait pas subir ça, dit Vincent.
Hojo ne leva pas les yeux de ses notes.
— Valentine, votre service pour ce soir est terminé.
— Elle ne devait pas subir ça, répéta Vincent. Vous le saviez. Vous avez vu ce que ces cellules font aux organismes vivants. Vous avez tout de même procédé.
— Pour la science, dit Hojo. Vous ne comprendrez jamais ça.
— Ce que je comprends, dit Vincent très calmement, c'est qu'un homme intelligent a utilisé la femme qu'il était censé protéger comme matériau d'expérience. Et l'enfant qu'elle portait avec.
Hojo posa son stylo. Il se leva. Et d'un geste que Vincent n'anticipa pas — pas parce qu'il était lent, mais parce que quelque chose dans ce manoir avait émoussé ses réflexes, quelque chose dans ces semaines de garde silencieuse, de rondes nocturnes, de musique abandonnée, le scientifique fou fit feu.
La douleur fut brève, un manteau de froid recouvrit Vincent et sa vision se troubla.
Après, il n'y eut plus rien.


VIII. L'autre côté du sommeil

Il y a un moment, entre la mort et ce qui vient après, où on ne sait pas encore ce qu'on est.
Vincent l'apprit de l'intérieur.
Ce n'était pas le noir du sommeil — le sommeil a un fond, un rebord, quelque chose qu'on touche avant de remonter. C'était autre chose. Une absence qui n'était pas du repos.
Et puis il y eut une douleur différente. Pas celle d'une blessure — celle d'une transformation. Quelque chose qui cherchait un interstice dans ce qu'il était et qui s'y installait avec la patience indifférente d'un parasite ou d'un architecte.
Il entendit la voix de Hojo une fois, deux fois, dictant ses observations dans l'enregistreur. Des notes cliniques sur ce que les cellules de Jénova faisaient à un corps humain adulte, en partant de zéro, sans la plasticité d'un embryon. Les résultats étaient, selon Hojo, fascinants.
Vincent ne pouvait pas répondre. Il ne pouvait pas bouger. Il ne pouvait que rester là, dans l'obscurité de ce qu'il était en train de devenir, et écouter.

Il se réveilla dans le bureau du rez-de-chaussée, allongé sur la table, avec un plafond familier au-dessus de lui et la certitude absolue que quelque chose avait changé dans chaque centimètre de son corps.
Il s'assit lentement.
La lumière filtrait sous la porte. Il l'entendait — vraiment l'entendre, pas juste la voir — comme une présence physique, comme une pression douce sur la peau. Ses sens s'étaient recomposés d'une façon légèrement différente, avec des seuils déplacés, des perceptions nouvelles et d'autres, peut-être, qu'il n'avait pas encore découvertes.
Il ne sut pas combien de temps avait passé.
Il se leva et alla vers le miroir qui ornait un des murs du bureau.
Il regarda longtemps. Il n'avait pas l'habitude de se regarder dans les miroirs — pas par coquetterie inverse, juste parce que ça ne lui avait jamais semblé particulièrement utile. Mais là, il chercha dans le reflet quelque chose qui lui dirait ce qu'il était encore.
La même structure. Le même visage, à peu près — un peu différent, peut-être, dans une façon qu'il n'aurait pas su formuler. Ses yeux étaient rouges.
Ils n'avaient pas toujours été rouges.
Il détourna le regard.
Hojo était parti. Lucrécia était partie — ou morte, il ne savait pas encore. Gast était parti depuis longtemps. Le manoir était vide de tout ce qui avait un nom, une fonction, une raison d'être là. Il restait les murs. Les livres de Gast dans la bibliothèque. Le piano dans la grande salle.
Il descendit dans la grande salle et s'assit devant le piano.
Il posa les mains sur les touches et n'en fit rien pendant un long moment.
Puis il joua le morceau en mineur, celui sans titre, avec ses variations dans les aigus et son accord suspendu à la fin — un accord qui ne se résolvait pas, qui restait là, incomplet, entre deux tonalités qui n'avaient pas décidé laquelle gagnerait.
Il joua jusqu'au bout. Il resta sur l'accord final quelques secondes, les doigts sur les touches, le son qui s'éteignait lentement dans l'air froid du manoir.
Il retira ses mains.
Dans la cave, presque, creusée sous le sous-sol, accessible par une trappe que seul quelqu'un qui cherchait aurait trouvée. Il trouva un cercueil, il était là comme s'il avait toujours été là, comme si le manoir l'avait préparé depuis longtemps pour quelqu'un qui en aurait besoin.
Il s'y allongea.
Ce n'était pas du désespoir. Ce n'était pas de la capitulation. C'était quelque chose de plus calme et de plus difficile à nommer — le besoin de s'arrêter le temps de comprendre ce qu'il était devenu, de ne pas se promener dans le monde avec cette incertitude sous la peau, de ne pas faire semblant que les yeux rouges et les doigts qui avaient légèrement changé n'avaient aucune importance.
Il avait laissé faire quelque chose qu'il n'aurait pas dû laisser faire.
Il n'était pas sûr, maintenant, de savoir ce que c'était exactement — s'il s'agissait de Lucrécia, ou de l'enfant, ou de la chose dans la glace qu'il aurait dû, peut-être, refuser de regarder en face depuis le début.
Mais le cercueil était sombre et silencieux, et le silence du manoir était là, à attendre, plus épais et pesant que jamais.
Il ferma les yeux.

Quelque part, dans un village de neige loin au nord, un homme et une femme regardaient les étoiles depuis une fenêtre et se demandaient si ce qu'ils avaient fui les laisserait tranquilles.
Quelque part, dans un foyer de la Shinra à Midgar, un enfant aux cheveux d'argent dormait sans rêves — ou avec des rêves dont personne n'aurait voulu connaître le contenu.
Et dans le nouveau réacteur Mako, au beau milieu de la montagne de Nibel, une chose vieille de millénaires continuait à exister dans sa prison d’acier, sans impatience, sans colère. Car Jénova est patiente et sait que son heure est bientôt arrivé. Son funeste projet est en marche, avec la Shinra pour allié inconsciente qui disséminera ses cellules dans de nombreux hôtes et avec Séphiroth en Alpha qui les guidera pour la réunion.
Elle avait attendu plus longtemps que ça, autrefois.
Elle pouvait attendre encore.
Et prendre sa revanche sur la planète.

Fin
"Ce que nous appelons progrès, c'est souvent la résolution des problèmes posés par ce qu'on a appelé progrès à l'épisode d'avant". Marc-André Selosse.
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